Observatoire des Saisons

Le Printemps avant l'heure - Causes et conséquences.

Comme les observateurs de l'ODS, vous avez peut-être vous aussi aperçu des floraisons anormales depuis quelques semaines. Que se passe-t-il actuellement pour nos plantes ? Est-ce que cela aura des conséquences ? Voici les réponses d'Isabelle Chuine directrice de recherche au CEFE CNRS et responsable scientifique de l'Observatoire Des Saisons.

Que se passe-t-il en ce moment ?

"Les phénologues de l’Observatoire Des Saisons se sont réunis les 17-18-19 novembre à Clermont-Ferrand pour faire le point sur les avancées de leurs travaux. Ce colloque a coïncidé avec le début d’une période d’anomalies phénologiques qui a pris une ampleur nationale depuis. En effet, nombre d’espèces à floraison hivernales et printanières se sont mises à fleurir massivement dès le mois de novembre pour les espèces à floraison hivernales telles que le mimosa, noisetier et cognassier du japon, et le mois de décembre pour les espèces à floraison printanière telles que les iris, jonquilles, cerisier et autres prunus, forsythia, lilas, etc.".

 

Voir l'interview des chercheurs de l'Observatoire Des Saisons :

 

Pourquoi la phénologie des végétaux est-elle si avancée cette année ?

"Ces phénomènes semblent dus à une situation météorologique exceptionnelle : l’automne qui avait débuté par une petite vague de froid de 8 jours environ début octobre sur l’ensemble de la France a ensuite été exceptionnellement doux, avec des températures de plus de 4°C au-dessus de la normale pendant plusieurs semaines. Des températures, supérieures aux valeurs habituelles d'un mois de mars, ont été mesurées régulièrement au cœur du mois de décembre. L’année 2015 dans son ensemble est ainsi la 3e année la plus chaude en France après 2014 et 2011 et la 2e année la plus chaude en Europe depuis le début des enregistrements météorologiques. Il semblerait donc que la vague de froid ait suffi à lever le dormance des bourgeons de nombre d’espèces et que les conditions très douces qui ont suivis aient permis le développement des bourgeons jusqu’à leur éclosion. A noter que ces phénomènes semblent un peu moins importants dans le sud de la France, la vague de froid n’ayant peut-être pas été suffisante dans le sud de la France pour lever complétement la dormance des bourgeons".

Quelles sont les conséquences de ces anomalies phénologiques ?

C'est une très bonne question qui est posée ici, et je n’ai pas de certitude sur la réponse à apporter étant donné que nous vivons quelque chose d’inédit de mémoire de phénologue. Le scénario le plus probable est que ces floraisons automnales et hivernales aient eu lieu en pure perte car les probabilités que ces fleurs donnent des fruits est quasi nulle, et pour ce qui est des arbres, ils ne refleuriront pas au printemps.  Chez les plantes ligneuses, si la floraison n’a été que partielle et que les conditions de températures redeviennent hivernales, certains bourgeons n’écloront peut-être qu’au printemps. On aura donc eu une floraison très étalée dans le temps. Beaucoup d’autres questions se posent à nous actuellement : quelle est la qualité des fleurs produites dans de telles conditions ? Les cortèges de pollinisateurs sont-ils aussi au rendez-vous ? Si les conditions douces persistent, les bourgeons à feuilles vont-ils également débourrer ? Si c’est le cas, un développement des fruits est-il possible si la fécondation a bien eu lieu ? En quelque sorte : jusqu’où ce réveil printanier ira-t-il ? Nous le saurons dans les mois qui viennent qui seront riches d’enseignement et appelons tous nos phénologues bénévoles à redoubler de vigilance et nous communiquer leurs observations inédites."

Si vous aussi vous observez des floraisons anormales n'hésitez pas à
 nous envoyer une photographie de la plante, avec la date et le lieu de l'observation à contact@obs-saisons.fr

 

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